Le marché des pesticides

L’objectif de cette page n’est pas mener un étude complète de la questions des pesticides. Il en existe de très bonnes et de très documentées. Nous nous bornerons donc simplement à donner quelques chiffres parlant.

D’après une étude de 2013, la France se situait au 9eme rang en Europe du point de vue des quantités de pesticides utilisées. En revanche, à l’hectare, elle se rangeait au 2eme rang, sur ce triste podium. La même année, une étude chiffrait le marché du pesticide en France à 2 milliards d’euros annuel. C’est, on s’en doute, un enjeu de taille sur lequel les distributeurs ne reculeront pas sauf à prendre des mesures politiques fermes ou à trouver le moyen de limiter, sinon de boycotter leurs produits. De leurs côtés, ils continueront à en faire la promotion et à mettre tous les moyens en oeuvre pour les vendre. Il n’y a aucune raison qu’il en soit autrement.

L’excuse de l’ignorance ?

En matière de pesticide, les dommages sur l’environnement et sur la santé publique sont désormais connus et ce depuis longtemps. L’ignorance ne peut donc plus servir d’excuses. Celle de la rentabilité et de la pression mise sur les agriculteurs avec des prix sans cesse tirés vers le bas semble bien plus plausible. Celle des regroupements terriens et des méga entreprises agricoles à l’américaine qui possèdent des centaines d’hectares à cultiver et à traiter en est encore une autre.

Ceux qui ont réussi à faire des virages vers des activités plus respectueuses de l’environnement et plus biologiques sont loin de former la majorité et ses virages ont aussi un coût. Par ailleurs, on peut aussi compter dans le nombre, des agriculteurs qui ont pris le pli de cette agriculture intensive et chimique et ne sont simplement pas prêts à en changer. Avec des dizaines d’années de marketing, de promotion, et finalement de formatage des esprits et des méthodes, on ne peut pas non plus totalement les blâmer certaines de leurs résistances. L’idéal serait que la solution vienne du même bord qu’est venu le problème. Mais, au risque de paraître fataliste, pour l’instant, en l’absence de solutions qui garantissent la même rentabilité, à coût plus ou moins égal, et pour le même effort déployé et la même efficacité, on ne voit pas tellement comment les choses changeraient. Une conscience écologique qui dépassent les exigences du quotidien ? Cela a marché pour quelques-uns mais les chiffres montrent que cela ne suffit pas. Pendant ce temps, ceux qui commercialisent des produits dont il est devenu notoire qu’ils sont nocifs pour la santé publique,se trouvent encore derrière leur caisse et leurs affaires vont bon train.

Des records d’usage de pesticides en 2018

Bien sûr, on pourra dire que nous dramatisons. Aujourd’hui, la « conscience » écologique augmente, nous dira-t-on. Du reste, les gens n’en finissent pas de rabâcher ces discours là quand ils ne passent pas leur temps à se donner mutuellement des leçons de « savoir-être » écologique sur les réseaux sociaux ou en société. À quoi tous ces blablas et cette cacophonie entre citoyens de base servent-ils, concrètement, quand les mesures ne sont plus dans leur main ? À les occuper sans doute. Pendant qu’ils se tapent dessus entre eux, le libre marché continue d’aller bon train et du point de vue de la situation, force est de constater que rien ne change. Pire même ! Les choses vont de plus en plus mal.

Ainsi, dans un article de janvier 2020, le journal le Monde nous apprenait qu’en 2018, l’usage des pesticides avait atteint des sommets « spectaculaires » avec une hausse de 24% par rapport à l’année 2017 et de 25% si on la rapporte à la décennie. (voir article). Nous nous permettons ici de citer la réaction du ministre de la transition écologique et solidaire à la remise des chiffres : « Il faut se rendre à l’évidence : la politique mise en œuvre depuis désormais plus de dix ans ne produit pas les résultats espérés, dans le secteur agricoleCeci doit nous conduire à réinterroger, en profondeur, cette politique. »

« S’interroger en profondeur » tous les 15 ans. Après des années d’action inefficace, on sent bien la fermeté et l’intention d’infléchir le cours de la fatalité. L’écologie, il faut le dire, n’en est plus à un ministre près. Face à ces interrogations profondes et avec effet retard, et sans verser (ou à peine) dans le cynisme, on se rappellera des 2 milliards de chiffres d’affaires annoncés en 2012 pour le secteur de la vente de pesticides sur le marché français. Et du même coup, on y ajoutera 25% en se demandant au passage, si une partie de cette bienfaisante manne ne s’épand pas aussi sur quelques influenceurs, acquis à la cause des lobbies, pendant qu’on joue notre santé et que la nature en pâtit lourdement. Mais nous avons sans doute l’esprit mal tourné.